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Web studies


Triptyque pour 4 instruments, électronique et vidéo. Oeuvre multimédia.
1/ Web-wake ; 2/ Web-wave ; 3/ Web-wane.

Durée : 18'50.
Effectif instrumental : violon, alto, harpe, piano préparé, live électronique et vidéo.
Date de composition : décembre 2016.

LAURÉATE DU PROGRAMME HORS LES MURS 2012 de l'INSTITUT FRANÇAIS, Paris.

Commande : MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATIONensemble 2E2M et ART ZOYD.
Résidence : ART ZOYD. Réalisation du live électronique : Carl FAIA.  CÉSARÉ, avec 2E2M : enregistrement d'extraits instrumentaux.
Création mondiale : ensemble 2E2M (direction : Pierre ROULLIER). Auditorium Marcel Landowski (Paris), 24/01/2017.
Réalisation de la vidéo : Jenny E. SABIN (Cornell University, US).

Autre concert : ensemble 2E2M (direction : Pierre ROULLIER), festival ECLAT  (Stuttgart, DE), 04/02/2017.

Fiche technique (pdf)

Photographies du concert de création

 

Extrait de partition
(pdf)

2016

Partition Web studies par Clara Maïda
 

[ vln, alt, hp, pno prép, live élect et vidéo ]


Extrait

Notice de programme

L’idée de Web studies est née lors d’un séjour à New York. En parcourant la ville, j’ai été tout particulièrement impressionnée par la structure du pont de Brooklyn et son système de câbles entrecroisés qui rappelait étrangement une toile d’araignée (« web », en anglais). Cette architecture réticulaire et le terme « web » m’ont immédiatement évoqué l’architecture plus virtuelle de tout système en réseau, dont l’un a progressivement envahi notre quotidien depuis une trentaine d’année : le réseau internet (le « World Wide Web »). Sur un plan structural, les nanosciences nous ont appris que la matière vivante et la matière non vivante sont faites des mêmes constituants. Tout système, qu’il soit biologique, psychique ou technologique résulte d’une articulation entre des unités minimales qui ne cessent d’être assemblées et déliées sous la poussée de forces microscopiques. J’ai toujours été fascinée par cet état paradoxal selon lequel la mobilité d’un système est conditionnée tout autant par des micro-liaisons que par des micro-ruptures.

Dans le prolongement du tissage complexe de fils de mon quatuor à cordes …, das spinnt…, Web studies déroule une série de déclinaisons de la toile, trois actualisations des potentialités virtuelles qu’offre un réseau, où des bifurcations, des revirements, des accumulations ou des trouées soudaines, peuvent survenir à chaque instant du parcours, dans un temps toujours mouvant et éphémère. Il est intéressant de se penser, aussi bien au niveau individuel que collectif, au croisement des interconnexions d’un diagramme. Chaque micromouvement en un point entraîne le mouvement des zones qui l’environnent. Notre monde hyper connecté est l’une des manifestations de cette caractéristique d’un système : chaque action individuelle, même apparemment infime, peut avoir un impact insoupçonné et générer un bouleversement intense qui se propage à travers la planète à une rapidité qui était impossible avant l’ère d’Internet.

Le titre de Web-wake joue sur l’ambiguïté du terme « wake ». Celui-ci désigne aussi bien une veillée mortuaire que le fait de ramener des morts à la vie. Il fait également référence au sillage d’un bateau ou au fait d’effectuer une action à la suite d’un événement, par exemple. Suivi de la préposition « up », il peut signifier cette fois-ci « se réveiller », mais aussi, dans un sens plus figuré, « prendre conscience de quelque chose » ou « éveiller quelqu’un à quelque chose ». Jouant sur cette ouverture du terme, la pièce déploie divers kinêmes sonores très repérables qui se retrouveront dans les trois pièces : les mouvements pendulaires (de balancier), les formules descendantes élastiques, et les textures pianistiques polystratifiées qui alternent entre descente et tentative de remontée, évoquent une instabilité, une perte d’équilibre et dans leur sillage, la chute et l’effort pour se ressaisir.

Dans Web-wave, la matière sonore est fébrile, convulsive. Des objets sonores kaléidoscopiques redistribuent les unités qui les composent dans des constellations chaque fois différentes. L’extrême rapidité des articulations, la succession heurtée des événements, et les torsions brutales qui traversent la texture, génèrent une multitude de micro-vagues qui déstructurent toute organisation possible et viennent soudainement déchirer le tissu musical. La densité sonore ne cesse de varier, oscillant entre des amas de matière et l’émergence de fils fragiles et ténus qui semblent se balancer dans le vide. L’agitation constante est simultanément un facteur de cohésion et de dispersion de la matière.

La dernière pièce, Web-wane, fait allusion à la décroissance, au déclin (« wane »). Les éléments du matériau sonore font retour (mouvements pendulaires, formules descendantes), mais leur répétition conduit progressivement à leur liquidation, à une diminution de leur densité, puis à leur disparition.

Bouleversement, mutation et hybridation sont les trois caractéristiques de ce cycle. Elles rappellent notre monde troublé et notre confusion devant la disparition de repères clairs. La préparation du piano et l’utilisation d’objets qui investissent toutes les zones des instruments donnent la sensation d’être en présence d’instruments « mutants », composés de cordes. Un « inter-territoire » apparaît, au sein duquel l’identité acoustique de chaque instrument devient progressivement incertaine et converge vers une sonorité inouïe, hybride, née de la fusion de leurs potentialités déployées et de l’usage de l’électronique. La vidéo propose une manifestation visuelle des processus sonores ramifiés en cours.

Les trois pièces de Web studies sont dédiées à toutes les victimes de la violence et de la folie humaine de par le monde.

Clara Maïda, décembre 2016

Web studies  (Web-wake) - Partition - Page 2

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